Futura dans la collection agnès b. depuis 1984
Organisée à partir de la collection privée d’agnès b., cette exposition offre une rare occasion de découvrir l’évolution d’un artiste visionnaire qui, dès les années 1980, a bouleversé les canons du graffiti traditionnel pour explorer des territoires inédits dans l’art contemporain. Futura, alias Leonard McGurr (né en 1955 à New York), a ainsi su inscrire son œuvre dans un dialogue entre abstraction et expression, entre art urbain et art institutionnel.
Du 24 avril au 20 octobre 2025, la Fab. dévoile cette rétrospective qui nous plonge dans l’univers singulier de Futura, un artiste dont l’influence traverse aujourd’hui plusieurs générations d’artistes et continue de marquer les grands courants de l’art contemporain.
Une rencontre fondatrice : lien Indéfectible entre Futura et agnès b.
L’histoire de l’artiste et de la styliste agnès b. s’entrelacent depuis la fin des années 1980, un moment charnière pour le street art qui entre progressivement dans l’orbite du monde de l’art contemporain. Pour Futura, cette rencontre a été essentielle et constitue un jalon décisif dans son parcours. « Agnès a toujours soutenu le street art. J’ai eu énormément de chance de la rencontrer à la fin des années 80. Elle m’a permis de poursuivre mon travail, de continuer à peindre, et a facilité ma vie à Paris », confie l’artiste. De son côté, agnès b. exprime une admiration sans égale : « Futura est un virtuose. Il maîtrise la bombe comme personne. C’est un monstre sacré, un dieu pour tous les graffeurs. »
Le soutien d’agnès b. ne se limite pas à une simple reconnaissance esthétique, mais se traduit par un engagement concret : la Galerie du Jour, qu’elle dirige, a été l’un des premiers espaces à accueillir les œuvres de Futura en 1989. Ce fut un acte pionnier, l’un des premiers moments où l’artiste quitta l’espace public pour investir celui des galeries et des musées. Le galeriste Yvon Lambert avait même confié à agnès b. : « Je crois que c’est vraiment un artiste pour toi. » Ce soutien marque le début d’un dialogue entre le street art et l’art institutionnel, qu’agnès b. a toujours défendu avec conviction.
L’abstraction comme langage : le génie créatif de Futura
L’œuvre de Futura se distingue par une approche radicale qui mêle abstraction, “action painting” et fluidité dynamique. Dès ses premières compositions, il rompt avec les conventions du graffiti traditionnel, abandonnant les lettres pour explorer des formes géométriques et organiques inédites. Lenny’s Lesson (1984), l’œuvre phare de cette rétrospective, en est un exemple emblématique. Cette œuvre constitue le point de bascule entre l’univers du graffiti et une recherche purement abstraite. L’acquisition de Lenny’s Lesson par agnès b. en 1984, auprès du marchand d’art Tony Shafrazi, a marqué le début d’une nouvelle phase dans l’histoire du graffiti. Ce dernier, reconnu pour sa promotion de l’art urbain et des artistes comme Jean-Michel Basquiat, Keith Haring et Futura, a joué un rôle déterminant dans l’introduction du graffiti dans le monde de l’art contemporain.
À travers une combinaison de lignes fines, de formes presque aériennes, et de compositions organiques évoquant des atomes, des molécules ou des structures mécaniques, Futura crée un univers visuel où l’abstraction devient le medium de ses pensées philosophiques et de ses préoccupations sociales. Cette fluidité d’exécution, propre à l’artiste, fait écho à des influences diverses, allant de l’expressionnisme abstrait à la science-fiction, tout en puisant dans les codes visuels de la guerre froide et des révolutions technologiques.
Une oeuvre en mutation : du graffiti à l’art contemporain
Cette rétrospective réunit des œuvres de Futura produites entre 1984 et 2025, et témoigne de son évolution constante, à la fois en tant que graffeur et en tant qu’artiste à part entière. Son travail se nourrit de réflexions sociétales, d’un engagement personnel et de son intérêt pour l’histoire contemporaine. L’artiste aborde des questions aussi fondamentales que la violence policière, le racisme systémique et l’oppression des minorités. Ce parcours thématique se retrouve dans ses toiles, où les formes et couleurs semblent dialoguer avec l’espace social et politique dans lequel il évolue.
Loin de se cantonner à une pratique urbaine, Futura a su s’adapter aux nouveaux médiums, et ses œuvres, tout en restant ancrées dans le monde du graffiti, ont constamment exploré des territoires novateurs, à la croisée de l’art, du design et de la culture populaire. Il a collaboré avec des marques telles que Kenzo, Nike, Marc Jacobs, Off-White ou Dr. Martens, et a élargi son champ d’intervention, notamment dans la mode et le design, contribuant ainsi à transformer le graffiti en une véritable forme d’art multidimensionnelle.
À travers ces collaborations et ses œuvres personnelles, Futura a su maintenir une pertinence artistique intacte, tout en repoussant sans cesse les limites de son expression. Selon l’artiste lui- même, « le web est une extension du graffiti. Il est devenu un mur virtuel sur lequel tout le monde peut écrire », soulignant ainsi l’interconnexion entre son travail et les nouvelles formes de communication visuelle numériques.
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